12 octobre. La boucle est bouclée (pour cette fois-ci).

Publié le par pong.over-blog.org

Article écrit depuis Marseille, ensoleillée mais bien triste. Les accents sont de la partie ! 3 mois, c'est une durée bien trop courte pour revoir les gens que j'ai rencontrés ça et là, en profiter un peu, me poser vraiment dans une ville pour quelques jours... mais que d'aventures "sur la route". Les premiers jours de ce voyage semblent bien loin...

 

Les derniers, en revanche, ont eu un avant-goût de nostalgie. J'ai regardé défiler les kilomètres par la fenêtre du passager entre le nord de la Californie et Seattle. Laisser derrière Arcata, les arbres gigantesques et les fougères de Redwood, Eugene, l'Océan Pacifique, les amis, cette culture si particulière de la côte Ouest. Revenir avec des bricoles symboliques, des petits mots, des cartes routières annotées, des vêtements récupérés à droite ou a gauche pour remplacer ceux qui se sont perdus ou bien trop troués pour être encore portés, de l'encre sous la peau et une nouvelle coupe et par dessus tout, des expériences irremplaçables.

 

Grâce à Clémentine, rencontrée l'année dernière à Budapest, j'ai découvert un des livres les plus fascinants qu'il m'ait été donné de lire. L'Usage du Monde, de Nicolas Bouvier. La Bible des voyageurs. C'est le récit magistral d'un voyage entre la Suisse et l'Afghanistan dans les années 1950, avec des descriptions parfois toutes simples, parfois très détaillées, mais toujours saisissantes. Les pages sont emaillées de reflexions sur le voyage et le sens de la vie en général. A la première lecture, je n'ai sûrement pas saisi toute la substance de certaines d'entre elles parce qu'elles ne faisaient pas encore echo avec mon expérience.

 

Maintenant, l'une de ces petites phrases de l'ami Bouvier prend tout son sens :

 

"La dialectique de la vie nomade est faite de deux temps : s'attacher et s'arracher. On n'arrête pas de vivre ce couple de mots tout au long de la route. On a peine à quitter les amis que l'on s'est faits, mais en même temps on se réjouit de la chance qu'on a de pouvoir se promener sur cette planète. On se dit, si cett...e amitié doit durer, elle durera Inch' Allah. Dans la plupart des cas, elle ne dure pas."


(Routes et Deroutes)

 

Heureusement, internet existe maintenant. Sauf pour Brian, rencontré à San Francisco, avec qui je devrai echanger des cartes postales ou des SMS. 

 

J'ai fait Arcata-Portland avec Mark, ce fut un voyage très agréable avec de longues rigolades et beaucoup de complicité. Après une nuit chez Ryan, je suis repartie le lendemain grâce à un covoiturage Craigslist de dernière minute. Le conducteur, Spencer, a 23 ans, il est drôle et très sympa, le genre artiste local : barbe de 3 jours, chemise à carreaux et Ray Ban en plastique rose. Il est d'ailleurs musicien dans un groupe basé à San Francisco, entre autres. Mais il m'explique très rapidement qu'il ne va à Seattle que pour le weekend car il doit revenir dans l'Oregon pour purger sa peine de prison. Ah. Il s'est fait arrêter alors qu'il transportait 12 kilos de cannabis, mais semble prendre l'idée de l'incarcération avec philosophie et peut-être un peu de naïveté. Spencer attend en effet de voir à quoi la vie en prison ressemble, entre lecture et pompes. C'est quelqu'un qui a vécu déjà beaucoup de choses pour son âge mais il exprime beaucoup de bonté et d'humour. Je croiserai les doigts pour lui d'ici quelques semaines. A sa sortie, il n'aura plus le droit de voter, ni de se déplacer hors du pays, ni d'exercer un certain nombre de professions, y compris aide à domicile ou infirmier comme il le voudrait. Magnifique, la prison comme outil de réinsertion...

 

A Seattle, j'ai retrouvé Jason épuisé par plus de 12h de travail quotidien depuis 3 mois. Sa boîte lui a fourni un Blackberry et un PC portable, pratique pour qu'il puisse continuer a bosser le weekend... Cela ne nous empeche pas de faire des projets pour l'été prochain ou autre.

 

Un peu comme Clémentine l'a fait sur fessedebouc dans une note, j'ai envie reprendre des moments de ce voyage, des rencontres, et de partager la musique à laquelle je les associe. Attention aux oreilles fragiles, il y a beaucoup de basses :p Même si je n'ai jamais joué d'instrument ou su lire une partition, la musique fait partie intégrante et débordante de ma petite vie et je ne saurais m'en passer plus de deux jours.

 

  • A Seattle, quand je suis sortie en club gothique-gay-mélange-des-genres avec Kena et ses amis, nous avons bien sûr eu droit à une bonne couche de new wave, dont le fameux Blue Monday de New Order.
  • J'ai découvert Marty Party au Canada, au festival Bass Coast Project. Toutes les visites à la bibliothèque de Port Townsend étaient donc l'occasion d'écouter en boucle le remix dubstep de Roxanne, de Police, avec un bon casque.
  • A Vancouver, et tout le long du voyage notamment en attendant au bord de la route lorsque je faisais du stop, je me suis surprise à chanter Jolene de Dolly Parton. En arrivant dans l'Oregon,"Eugene" a remplacé Jolene dans les paroles...
  • Lors de mes différents passages à Eugene, j'ai beaucoup écouté / partagé / discuté de musique avec Connor, notamment de dubstep. Parmi les titres qui ont été joués en soirée, du grand "classique" du dubstep nord-américain et anglais : le remix de Foes de Borgore par 16 bit, le remix de Ghosts n stuff de Deadmau5 par Nero, Pro Nails de Kid Sister repris par Rusko... Marty Party a également joué un remix d'Eleanor Rigby des Beatles qui a mis la salle en transe. Eugene, c'était aussi l'occasion de réécouter Cocorosie mais aussi de découvrir l'impressionnant duo Eoto, qui crée sa musique en temps réel sans aucun pré-enregistrement.
  • En voiture, par exemple avec Danielle sur la côte de l'Oregon entre Coos Bay et Newport, j'ai beaucoup entendu Sweet Home Alabama de Lynyrd Skynyrd qui me rappelle imanquablement New York en février dernier et un trajet fou en voiture dans Manhattan avec Charlie, toutes fenêtres ouvertes sous la neige.
  • Burning Man ... C'est Johnny Cash qui chante Ring of Fire. Une après-midi, alors que je tentais de faire une bonne sieste dans un hammac, un char s'est arrêté à proximité et a joué Johnny Cash toute l'après-midi. C'est aussi cette petite merveille qu'est Nights in white satin de Moody Blues retravaillée par Zed's Dead. Un matin, alors que j'étais vautrée et heureuse sur un tas de coussins roses, avec des couvertures moelleuses et exubérantes, un tas de nouveaux meilleurs-amis-du-monde et un magnifique lever de soleil après une très longue nuit dehors... Un char à une cinquantaine de mètres de nous a lancé ça. C'était la révélation, excatement ce qu'il fallait pour transformer ce moment très agréable en perfection. Enfin, c'est une longue, très longue nuit d'errance magique avec Jeff et Jeremy, 2 freres jumeaux habitant à Portland. On a d'ailleurs perdu Jeff en route, mais en sortant d'un bar où j'ai mangé le meilleur muffin du monde vers 3h du matin, le camp voisin a enchaîné une dizaine de titres de Depeche Mode en commançant par Enjoy the Silence.
  • En repartant avec mes 3 camarades allemands, chacun a son tour pour programmer la musique dans le camping-car. Je choisis Iggy Pop sur l'Ipod de Mike et on chantonne ensemble, pas tout-à-fait au hasard, The Passenger.
  • A San Francisco, chez des amis de Lance, on écoute rapidement Roadrunner de The Animals. Ca m'est bien sûr resté coincé dans la tête un bon bout de temps.
  •  En voiture avec Jimmy le long de la côte californienne, il y aura beaucoup de trip-hop dont The Thievery Corporation.
  • A Earthdance pres de Laytonville, je jubile en écoutant An-Ten-Nae tripotter ses platines et ordinateurs et découvre le DJ complètement allumé qu'est Gaudi, mais aussi en fermant les yeux au son de Lynx et Janover avec Ken, un gars qui travaille dans une ferme et s'occupe des saisonniers là-bas.
  •  A Arcata chez Olie, nous écoutons Balkan Beat Box tout en discutant. Lors de mon 2ème passage dans la ville, nous retournons voir Gaudi jouer à Eureka avec Jess et Nick. Il finira son mix debout sur la table où sont posées ses platines, en s'enroulant dans un drapeau de Bob Marley et en passant Jammin' .

 

J'en oublie sûrement des tas d'autres, mais pour le moment ça sera tout. Il est temps de se concentrer sur la prochaine étape, comme m'a conseillée Rebecca, à Port Townsend. La prochaine étape, rien d'autre plus loin, au risque de se perdre et de pédaler dans le vide.

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