27 juin. "I LOOOOOVE VERMOOOONT!! Yeah yeah yeah!"
Ce n'est pas moi qui le dit, mais Gillian dans son pick-up immatriculé "GUAPA". Elle s'exclame en tapant sur son volant avec les paumes des mains et en poussant des petits cris. Même l'autocollant sur la boîte à gants l'affirme haut et fort, I <3 VERMONT !
Un peu de contexte est nécessaire, que je ne vous perde pas tous en cours de route :p Ce soir je peux rester une nuit de plus chez Elias et cie, donc libre à moi de me balader avec le sac-à-dos en version allégée. Je décide de sortir un peu de Montpelier dont on a fait le tour en 10 minutes, direction Elmore Lake. Aucune information sur la localité à part que c'est tout droit au nord sur la route 12 à environ une demi-heure. Et un des colocataires m'a dit que c'était beau.
Après un petit tour à la bibliothèque Hubbard-Kellog très "Nouvelle Angleterre", je reviens me poster devant la petite pâtisserie Birchgrove où tout le monde s'arrête. C'est pile sur le chemin. Deux clients qui m'ont demandé où je me rendais avant d'entrer dans la boutique en ressortent en m'informant que c'est bon, quelqu'un m'emmène. Ils ont fait le démarchage à ma place et Miss Guapa déboule comme un tourbillon.
"Fantastiiique, c'est parti !"
Ses bras et jambes sont recouverts de tatouages variés : bougies chauffe-plat, croquis de mode à demi-coloriés, personnages... Elle est surexcitée, adorable, me raconte ses années en Espagne, son coup de foudre pour le beau ... heuuu... je ne me souviens plus de son nom, la rénovation de la grange dans laquelle elle habite ici. Toutes ses phrases sont ponctuées de "Awesooooome", probablement mon mot anglais préféré, disons formidable. Exemple :
"Hooooo mais Sophie c'est tellement formidaaaaaaable que tu sois allée à Burning man !"
Elle me dépose à bon port devant le Elmore Store. Voilà le village à vrai dire, il n'y a rien d'autre que la petite épicerie près de l'église méthodiste tournée vers le lac. Je n'ai pas faim mais y prends un sandwich au bacon histoire d'avoir quelque chose dans l'estomac au cas où je décide de faire un tour sur les sentiers du parc. Le temps de marcher vers l'aire de loisirs avec sa petite plage, plic, ploc, la pluie commence à tomber.
Quitte à se mouiller, autant le faire franchement. Pas de serviette, pas de maillot, pas vraiment besoin. Je repars trempée en directement des sentiers qui montent sur la colline de la 2nde photo. Bon, il fait toujours aussi chaud et humide, mais le bacon est avec moi et j'ai décidé de marcher un peu. Hum ça grimpe. Hummm c'est boueux.
TAC-TAC-TAC, ça c'est mon pouls dans les tempes. Non je ne suis pas montée jusqu'ici pour abandonner maintenant. Bzzzz bzzzzz ça grouille de moustiques. Humm. Quelle bonne idée de trimballer un ordinateur dans son sac pour grimper comme ça. Allez courage ! Ca valait la peine de continuer, on voit presque la moitié de l'Etat depuis là-haut.
Je suis redescendue au pas de course en pensant qu'il était tard et que j'avais marché toute l'après-midi (ça s'appelle ne pas être habituée), avec un sourire jusqu'aux oreilles. Oh, merveilleuses endorphines. De retour sur la route, assoifée et épuisée, je lève le pouce, la deuxième voiture s'arrête. Le gars ressemble un peu à Bob, notre chauffeur de 82 ans rencontré en Alberta. Lui, c'est Tom, ancien instituteur lui aussi mais également officier de la Navy qui a fait trois fois le tour du monde, habité à Oran et traîné dans les bars de militaires du Hong-Kong des années 60. Il me tend une des deux canettes de jus de légumes disposées devant le levier de vitesse, tout juste sorties du frigo. Et une poire. Sa Buick est légèrement climatisée. Conversation très agréable, le grand luxe ! Lorsque je lui dis qu'il peut me déposer n'importe où à Montpelier, Tom répond :
"Oh non ma petite, tu vas manger une creemee d'abord ! "
Il a donc poursuivi sa route deux kilomètres à la sortie de la ville pour me payer une glace monstrueuse et glousser en me voyant me débattre avec tout ce qui coulait. Il m'a laissée en ville, satisfait de m'avoir procuré une expérience typique et indispensable. Pas comme Ben and Jerry's, originaire du Vermont et récemment rachetée par Unilever.
"Screw American Corporations! And Bon voyage ! "