13 aout. Aventures inattendues, des moucherons plein les dents
Je suis un peu fatiguee aujourd'hui. Il faut dire que j'ai fait 60 kilometres a velo entre hier soir et ce matin et que je n'ai dormi que 2 ou 3 heures sur un dome en beton en pleine nature. Hier soir, c'etait la nuit "pluie de meteores" et des amis de Matt proposent d'aller a velo jusqu'aux Mima Mounds, a 30km de la ville, pour regarder les etoiles filantes, dormir la-bas et revenir au petit matin. Ca a l'air tres funky mais j'apprehende un peu de partir avec 5 personnes pour qui le velo est un mode de vie. Sans parler de la denivelee et du retour qui nous attend le lendemain matin. Peu importe, une offre pareille ne se refuse pas. J'empaquette rapidement tous mes pulls, le sac de couchage bien compact mais tout juste bon a tenir chaud sur un canape, ma nouvelle robe de chambre, une lampe frontale et de l'eau (1L, erreur fatale d'imaginer qu'il y aura un point de ravitaillement en cours de route).
Matt prend un avocat, du brie et son Opinel (il a recemment passe 6 mois en France) et enfourche son velo a pignon fixe, sans vitesse, avec freinage par retropedalage. Apres avoir fait 60km dans le Limousin en une journee avec un enorme sac a dos et un velo fabrique a partir de pieces de recuperation, il n'a plus peur de rien. Dans le groupe, on compte egalement 2 Kristy, Peter et Alex. Chacun vaudrait bien une petite description pour donner de l'allure au paragraphe, mais ca serait un peu long et technique, entre tatouages, moustaches, couteaux, bandanas, blousons cloutes en jean, lunettes vintage et bien sur adorabilite generale. Ajoutons d'autres provisions et le boom box. Le Ghettoblaster quoi... Le poste a cassette alimente par 6 grosses piles et plus ou moins solidement fixe sur un des velos. Peu avant minuit, la troupe decolle enfin, avec Ace of Base a fond les ballons devant la station-serviceTexaco, et toutes LED clignottantes. Ca n'eclaire pas a plus de 2 metres une fois sortis de la ville haha. Bref, on dirait un gang retro dans un bon nanar post-apocalyptique des annees 80. Wouhouuuuu, quand Neil Young s'arrete (pas facile de changer une cassette en pedalant), tout le monde chante Bohemian Rhapsody dans le noir quasi-complet de la foret. On pedale plutot vite, tous suants et heureux de cette petite aventure.
A un moment, la route se tranforme soundain en piste graveleuse. Etrange, la carte signale pourtant une route praticable pour tous les velos. On a tous des velos de ville donc on se resigne a pousser sur ce troncon dont on ne connait pas la longueur, Ca monte sacrement fort en plus de ca... Alex a des chaussures adaptees aux pedales mais pas a la marche, il est donc pieds nus dans les graviers.
Plusieurs gros pick-ups nous doublent dans d'enormes nuages de poussiere et suivent les panneaux indiquant une competition de mountain bike. Il est tout de meme plus d'1h du matin. Apres peut-etre 20 minutes de marche, quelqu'un a la lumineuse idee de verifier la carte pendant une pause dans le fosse. Haaaaa. On est sur le sentier qui s'enfonce en pleine foret et ne fait que monter pour aller nulle part. Fou rire general et demi-tour, toujours en poussant les velos. Environ 40 minutes plus tard, on arrive ENFIN aux Mima Mounds. Au bout d'un sentier goudronne, une plate-forme d'observation en forme de dome, en beton. Les etoiles filantes pleuvent, la nuit est suffisement claire pour voir les nappes de brouillards tout autour.
C'est comme ca que je me suis reveillee au petit jour un peu engourdie (pas d'oreiller ni de matelas) et relativement frigorifiee malgre 3 pulls, une robe de chambre, un drap de soie et les chaussures dans le sac de couchage. Le paysage est etrange tout autour, bossele et recouvert de verdure. Un petit diaporama sur les Mima Mounds ici. On voit sur l'une des photos l'observatoire sur lequel on a passe la nuit. Je pars faire un petit tour a pied d'une quarantaine de minutes. Pile a temps pour voir le lever du soleil dans les sapins et dire bonjour a un randonneur matinal, un peu stupefait de me voir errer en robe de chambre au milieu de nulle part.
Après un petit déjeuner frugal et les quelques gouttes d'eau restantes, il faut reparttir pour 30 kilometres dans l'autre sens, avec un positionnement optimal du poste pour changer les cassettes sans s'arreter, comme un ravitaillement d'avion. On passe donc du rock alternatif a Beethoven en quelques secondes, pedalant en plein soleil jusqu'a Olympia. La vie est belle.