6 septembre. Pfiouuuuu...
Depuis le dernier article, j'ai, pêle-mêle, fait du dog-sitting au bord du Donner Lake près de Tahoe (Californie, frontière avec le Nevada), chevauché un squelette de triceratops au lever du soleil en plein désert, joué aux legos sur un camion devant les braises d'un cheval de Troie, mangé le meilleur pesto du monde avec les doigts, survécu à une semaine sans douche et fait du tricycle avec Jésus.
Vendredi 26 août
Je pars d'Arcata en direction du lac Tahoe avec Charlie, ami de David. Charlie ne me connaît pas, il me soupçonne d'être une sale hippie mais fait confiance à David en tant que "filtre". Le gaillard ne manque certainement pas d'humour noir comme je l'apprécie. 5 heures de route jusqu'à chez son pote Omar, à Truckee au bord du Donner Lake. Omar est juge dans des compétitions de ski et de sports extrêmes après avoir été lui-même skieur professionnel, il habite une gigantesque maison avec vue sur le lac qu'il partage avec Josh et Bammer, un adorable mélange de huskie à poil ras et de labrador chocolat.
Samedi 27 août
Le plan : aller chercher une caravane et du matériel stocké dans un entrepôt au nord de Reno, rencontrer les autres membres du camp Raw Safari duquel font partie les deux loulous et partir dès que possible pour Black Rock City à un peu plus de 3 heures de route de là. Je pourrai camper avec eux sans problème, soit avec ma tente, soit sous le dôme qui sera installé sur place. Finalement, personne n'a pu obtenir de pass pour un accès anticipé bien que Joel, le "grand chef" du Raw Safari ait consenti a prêter un générateur à 30 000$ à l'organisation de Burning Man pour alimenter le Temple en électricité.
Dimanche 28 août
Après une première journée à courir entre l'entrepôt et des magasins de pièces autos et essayer de suivre les conversations abondamment alimentées de "that's insane bro", "sick, dude" et "that was fuckin gnaaaaarly", le dimanche est plus sympathique pour moi puisqu'on me propose de rester chez Omar pendant qu'ils règlent les derniers détails. Il me donne les clés et me demande une faveur : si je vais me balader au lac, ça serait bien d'emmener Bammer...
Ok. J'avais oublié combien on se fait facilement des amis avec un chien, d'autant plus que Bambam sait faire des high fives et a un regard curieusement humain. Son propriétaire n'est pas tout à fait sûr qu'il s'agisse d'un chien à vrai dire, on dirait plutôt un croisement entre un singe et un kangourou. Bammer m'a donc promenée au bout de sa longue laisse rétractable au bord du superbe lac entouré de résidences secondaires de riches californiens qui viennent y passer le weekend. Attention la rooooute ! Noooooon pas autour de l'arbre ! Hoooo un écureuil, mais reviens ! NOOOOOON pas pipi sur la serviette du touriste près du ponton ... Allez c'est pas grave personne ne nous a vus, on file l'air de rien ...
Lundi 29 août
Lundi en fin de matinée, après de multiples réparations sur la caravane d'Omar qui ne partira que mercredi et quelques courses, Charlie et moi empruntons un "raccourci", une piste de terre longeant le Pyramid Lake avec les Rolling Stones en fond sonore à volume peu raisonnable.
La piste rejoint Gerlach, dernière "ville" avant Black Rock City en nous ayant épargné près d'une heure de route au milieu des milliers d'autres voitures, camping-cars, vans... Sur place, plus de 4 heures d'attente. Il fait nuit noire et on n'y voit rien à plus de 5 mètres quand je dois chercher mon ticket au guichet pour cause de tempête de poussière à décorner une licorne. Et nous y voilà, à 8:25 et Divorce, notre adresse pour la semaine.
Le thème de l'année est "Rites de passage", les rues de Black Rock City sont nommées en conséquence : de 2h à 10h avec graduation toutes les 15, puis 30 minutes, puis Anniversary, Birthday, Coming Out, Divorce, Engagement, Funeral, Graduation, Hajj, Initiation, Journey, Kindergarten, Liminal. Environ 1,5km de diamètre pour la place centrale, l'Esplanade.
Ville merveilleuse où l'on se fait réveiller de sa sieste dans un hamac à l'ombre d'un parachute par des cris de mammouth. On tourne la tête, effectivement, c'est bien un mammouth qui roule le long du camp, ou plutôt un squelette de mammouth avec accrochés à ses côtes, des lapins, des nudistes et des femmes préhistoriques.
Ville où l'on saute sur un camion à thème Lego avec à son bord quelques ahuris en moon boots.
Où un cheval de Troie de 15m de haut et 28 tonnes flambe comme un fétu de paille le vendredi soir et brûle encore le lendemain matin. Où le champignon a une place privilégiée, que ce soit dans l'esthétique des camps, dans les costumes, les conversations, les plats et les boissons.
J'ai croisé une bande de bananes folles furieuses, fait de la balançoire et du trampoline tous les jours, retrouvé Mike et ses amis avec qui j'étais partie l'année dernière en camping-car, n'ai pas dormi pendant, heuuuu, non pas 36 mais 48h d'affilée après calcul.
Une nuit, j'ai aussi pensé "tiens, ça serait bien qu'on m'emmène là-bas" (loin devant à 25 minutes de marche en traversant l'Esplanade, la place centrale). Comme dans un film de Woody Allen, quelques secondes après, un type débarquait de nulle part sur son tricycle géant et me proposait de me déposer où j'en avais envie. Le type en question s'appelle Jésus. Le squelette de tricératops ? Bien sûr, en plein milieu de nulle part, il est là, avec une petite échelle pour monter sur sa selle de cow-boy. Je n'ai pas résisté à l'aube, pour regarder la lumière orange réchauffer le sol tout craquelé et poussièreux. A vrai dire, c'était sûrement un mélange entre tricératops et tyranosaure.
Il n'y a pas trop eu de vent cette année, en tout cas pas suffisement pour balayer ma tente, mais juste assez pour former des mini-tornades ça et là ou nous forcer à sortir les masques de ski de temps à autre.
Il a fait chaud, très chaud, sûrement plus de 40° à l'ombre certains après-midi.
L'occasion pour un jeune homme de me fournir de l'eau tout droit sortie de la glacière de son camp et de me proposer d'essayer l'appareil de fitness qu'il a apporté avec des amis, le truc avec une ceinture qu'on passe autour de la taille et qui secoue les bourrelets. Oui, quand on a de la place dans les camions on ramène tout et n'importe quoi...
Au Raw Safari, on a une quinzaine d'enceintes pour le sound system, un bus anglais à deux étages sans fenêtre ni toit, des centaines de peluches, un mixeur pour préparer des bons petits plats crus dont un pesto mémorable, des poufs, des tapis, un robinet à pression pour servir la kombucha (sorte de thé fermenté) et des fausses plantes vertes pour poser le décor de jungle autour du dancefloor où l'on joue du reggae jour et nuit. Enfin surtout le matin, et bien fort. Charlie en profite pour passer entre les tentes avec le mégaphone : "Debouuuut, debout là-dedans avant que je passe Slayer !!"
Samedi, il a fallu partir à regret juste après l'incendie, ou plutôt l'explosion de l'Homme. J'ai pédalé jusqu'à la porte de sortie sur un vélo communautaire et ai fait du stop là, à 2h du matin. J'ai rapidement eu de la chance et ai pu être déposée à l'aéroport de Réno à 5h, pour un vol à 13h45. Ca tombe bien, c'est de la moquette parterre et j'ai un bon sac de couchage... A l'année prochaine !