10 septembre. Comment dire ... ?
Je suis de retour a San Francisco, ou je partage pour ce soir une chambre d'hotel avec un chevelu rigolo rencontre dans un cafe quelques heures auparavant, alors qu'il tressait un genre de natte en fibre de chanvre. Brian habite a Key Largo en Floride et c'est bien sur un personnage qui meriterait des dizaines de lignes. Vous en connaissez beaucoup, des hippies qui ont commence a travailler a 11 ans et exerce tous les metiers du monde pour maintenant embaucher un jardinier et un majordome ? Je precise que pour 12 jours sur place, il n'a qu'un mini sac rempli de fils de chanvre, coquillages et autres breloques. Bref, j'ai atterri ici par le plus grand des hasards, comme d'habitude, et j'en suis bien heureuse.
J'ai passe une semaine absolument indescriptible dans le desert de Black Rock au Nevada. Jeffrey a tente de la resumer par ces mots : "It was torridly hot, suffocatingly dusty, maddeningly loud, preposterously lewd, and quite frankly the biggest, wildest, most astonishing and beautiful event I've ever attended.". C'est tres peu dire, et tout le reste paraitrait horriblement fade sur "papier", si loin de la realite. C'est simple : on trouve a Black Rock City tout ce dont on a jamais reve, dans ses formes les plus extremes et intenses. Pour le comprendre, il faut le vivre, se prendre une tempete de poussiere la nuit en pleine face au point de ne plus rien voir a un metre et de devoir mettre un masque, marcher des kilometres dans la nuit noire sous la lune, enorme et orange, contempler des sculptures demesurees, oublier l'argent pendant une semaine et faire vivre une societe de don et d'echange, crever de faim apres une nuit blanche et se voir proposer des pancakes et un verre de rhum par un homme uniquement vetu de bottes, assister a l'immolation d'un tampon periodique geant au lance-flammes, voir deambuler une bande de chapeliers fous buvant du the et accompagnee par un ahuri deguise en lapin qui bondit a leur suite... Oui oui... Allez, quelques cliches pour avoir une vague idee du decor, en commencant par la file d'attente (pres de 3h) a l'entree le premier jour :
Mes voisins du camp 11:11, assez representatifs de la diversite des participants, juste apres une bonne grosse pluie qui a transforme le sol en boue lourde et collante :
Quatre vues de l'aube, avec un dome alimenté en propane et crachant du feu selon des rythmes aléatoires, quelques sympathiques Burners, un char bateau pirate et une jolie table pour le petit déjeuner :
Enfin, l'une des plus belles oeuvres, Bliss Dance de Marco Cochrane. La statue en acier de 12m de haut sur 10 de large s'illumine le soir venu et change de couleur toutes les 4 à 5 secondes. Plus de photos (réussies !) ici.
Le meilleur reste bien sur les gens. Tout semble etre predestine. Les rencontres par exemple. Par le plus grand des hasards, Cara, une australienne que j'avais rencontree l'annee derniere a Seattle chez Jason m'est tombee dessus dans son costume d'abeille. Dans la file d'attente pour recuperer mon ticket, un homme m'a reconnue : il m'avait propose un covoiturage pour le festival Symbiosis a Yosemite l'ete dernier. En rentrant au Off Center Cafe, un camp parmi tant d'autres ou l'on se sent instantanement chez soi, je commence a discuter sans le savoir avec Nate, un ami de Connor. Le tout dans une ville ephemere de tentes, caravanes, domes, petits et grands palais, chars déjantés... la 3eme du Nevada avec ses 50 000 habitants.
En pleine nuit, au Off Center, j'ai rencontre un Allemand, Mike, qui est venu avec 2 amis en camping-car. Ils ne savaient pas tres precisement ou ils repartaient apres, parfait. Apres nombre de folles aventures, je me suis donc embarquee avec eux en direction de Reno, puis du parc national de Yosemite en passant par le lac Tahoe.
Les 2 jours suivant BM furent, comment dire... eprouvants. Il a fallut rattraper quelques dizaines d'heures de sommeil (2 nuits blanches et pas plus de 3 heures de sommeil par nuit ou jour le reste du temps) et remettre les pieds sur terre entre 2 siestes cotoneuses. Non, on ne fait pas un calin au gentil monsieur qui nous a aide a remettre le generateur en route au camping. Non, les gens ne sourient pas partout dans la vraie vie en lancant des "bonjour" guillerets a tout va.
Au parc de Yosemite, j'ai quitte a regret le trio de choc car il se dirigait vers Las Vegas. Me voici donc sur la route avec mes sacs, a 16h, a faire du stop sans carte et sans meme savoir ou aller. Plus de plan a ce moment-la, c'est de mieux en mieux :D Un camping-car avec cette fois ci 4 Allemands de retour de BM s'arrete et me depose hors du Parc, devant leur campement. Ils me donnent une carte de Kalifornia et m'offrent l'hoispitalite si personne ne s'arrete par la suite. Eric, ancien chauffeur routier, m'avance encore d'une trentaine de miles au Sud. Enfin, un couple de retraite du Maine, Leslie et Claude, m'emmenent a Mariposa, une petite ville embleme de la ruee vers l'or.
C'est la que je fais la tournee des hotels et me decide, ravie, pour une chambre gigantesque avec tapisserie et lit queen size avec matelas a eau dans ce qui ressemble a une sympathique pension de famille. Gary, le gerant, a habite plusieurs annees en France et en Italie en tant que chercheur pour Alcatel, apres avoir ete marin dans l'armee. Il a egalement enseigne le bridge, est dorenavant agent immobilier, guide touristique, et bien d'autres choses encore. Il me fait un tarif special ultra discount et m'emmene ensuite dans un parc en hauteur pour m'apprendre quelques notions sur les constellations. On est ensuite passe par le cimetiere, toujours en pleine nuit, tout en discutant sociologie, skate-board et Burning Man, en francais.
Le lendemain, je n'ai toujours pas de plan precis a part remonter le long de la cote au nord de la Californie. Il est entendu que je peux rester autant de temps que je veux, gratuitement, dans le salon de l'hotel. Il faut juste le partager avec Will, un vagabond professionnel et fier de l'etre de 54 ans et son chien Gigi. Apres avoir passe la journee a Mariposa Grove et marche des kilometres au milieu des sequoias geants avec un couple d'adorables Bresiliens residant a l'hotel, je rentre en stop et deguste un diner aux chandelles avec Gary, Will et Gigi.
Une situation plutot inedite. Je suis repartie ce matin avec les Bresiliens, qui allaient a San Francisco. Gary a bien insiste pour que je reste des jours, des mois, des semaines... Il m'a d'ailleurs ecrit un poeme aujourd'hui. J'ai l'impression d'avoir un succes certain avec les hommes plus ages que moi, ca doit aussi etre l'exotisme francais.
Bref, il est temps d'aller dormir pour se preparer a la journee de demain : a priori, je vais dormir dans un squatt au sud de la ville, dans une ancienne ecole. Il faut grimper une barriere pour y acceder , pas d'eau ni electricite, et toute une bande de hippies sur place dans des espaces communs. Youhouuuuu.